Quand vais-je “remanger” normalement comme avant ? Cette question est fréquemment formulée par bon nombre de personnes au régime et je voudrais m’ y arrêter quelques instants. Tout médecin spécialisé dans les conduites dites addictives telles que le tabagisme ou l’alcoolisme, pour ne parler que des conduites les plus fréquentes, ne dira jamais au patient à qui il propose un sevrage tabagique ou alcoolique qu’il fumera ou boira “normalement” une fois qu’il sera débarrassé de sa dépendance. Bien au contraire.
En matière d’obésité ou de surpoids, dont les conséquences à long terme sur la santé sont parfois tout aussi redoutables que celles engendrées par le tabac ou l’alcool, pourquoi devrions-nous adopter une attitude différente ? La période de perte de poids est trop souvent vécue comme une phase de restriction et de privation et acceptée comme un mal nécessaire. Et lorsqu’enfin le résultat espéré est obtenu la seule récompense serait de pouvoir se nourrir comme avant. Curieuse attitude qui consisterait à retrouver ses mauvaises habitudes et à prendre ainsi le risque de perdre les bénéfices obtenus. Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que tous les régimes soient jugés de façon aussi négative et pessimiste!
Changer de comportement alimentaire doit donc être l’objectif principal et final de toute démarche à visée amaigrissante. Ce changement peut s’obtenir grâce à une bonne connaissance de la nutrition mais également grâce à une meilleure gestion de ses émotions. Avec une perte de poids rapide, contrairement à bon nombre d’idées reçues et qui ont la vie dure, les chances de réussite sont beaucoup plus grandes. Un simple changement de comportement alimentaire sans restriction calorique significative amènera dans le meilleur des cas à une perte de poids modérée et lente. Vraiment pas de quoi motiver une personne en souffrance et dont le nombre de kilos à perdre est important. Mais à la lecture de vos témoignages je sais que bon nombre d’entre vous ont parfaitement compris que la plus belle des victoires est celle de se sentir bien dans sa peau et dans sa tête. Et enfin pour clore ces réflexions sur une note agréable, sachez que lors de la phase de stabilisation un écart alimentaire a moins de conséquences dramatiques qu’en matière de tabagisme ou d’alcoolisme, à condition qu’il soit vécu et assumé comme tel.
Dr Alain CAMUS





